18 May 2020

En RDC, la difficile prise en charge des malades du Covid-19

Le pays, dont les infrastructures médicales sont défaillantes, manque cruellement de matériel. Les médecins doivent aussi lutter contre l’incrédulité face au coronavirus.

Où est le matériel ? « On nous demande de gérer une crise sanitaire, mais les moyens ne suivent pas ! », déplore le docteur Aimé Babibanda, en enfilant sa combinaison dans le sas d’accès aux chambres des malades. « Nos gants sont trop fins, ce ne sont pas des gants stériles. On doit en superposer trois ou quatre, mais cela reste inadapté. Quand on manipule du sparadrap, ils se déchirent. » Pas mieux du côté des masques, qui s’embuent : « Impossible de trouver une veine quand on en porte un. »

En République démocratique du Congo (RDC), la lutte contre le covid-19 se heurte au faible équipement sanitaire du pays, au manque d’infrastructures, mais aussi à une population qui refuse de croire à la réalité du virus.

Perché sur les hauteurs de Kinshasa, à 20 kilomètres du centre-ville, l’établissement des Cliniques universitaires est l’un des huit hôpitaux de la capitale congolaise désignés par le gouvernement pour accueillir les patients atteints de Covid-19. Un lieu « choisi parce qu’il y a des pointures en médecine, et puis c’est notre seul hôpital universitaire », explique le vice-ministre de la santé, Albert Mpeti, qui rappelle que l’établissement « était à la pointe de la modernité dans les années 1960, » avant d’ajouter : « Aujourd’hui c’est autre chose. »

« Faute de mieux »

Au pas de course, Jean-Robert Makulo, le médecin-directeur, raconte les récentes mutations du lieu. « Ici, c’était les urgences, explique-t-il, en entrant dans un pavillon aux murs gris. On a décidé d’y transférer tous nos malades du Covid-19. C’est l’endroit le mieux équipé : on a un laboratoire de chirurgie, mais aussi une salle de déchocage. »

Seize cas confirmés sont soignés là dans trois espaces distincts. Les malades gravement atteints ont été séparés des cas plus bénins. Dehors, sous une grande tente blanche, cinq patients attendent encore le résultat de leur test, allongés sur des lits en métal, et espérant une place à l’intérieur.

Ici, tous reçoivent le même traitement, à base d’hydroxychloroquine et d’azithromycine, deux molécules dont l’utilisation fait débat en France, avec de la vitamine C en complément. Ce traitement est celui que recommande l’équipe de la riposte congolaise. « Faute de mieux », elle s’appuie sur quelques études isolées, comme celles du Français Didier Raoult, professeur en microbiologie à Marseille.

Dans cet hôpital public construit en 1957, les équipements sont peau de chagrin. Sur les sept respirateurs dont dispose l’hôpital, deux ont été cassés ces dernières semaines à cause des coupures d’électricité intempestives qui abîment les circuits des appareils. D’ailleurs, comme les besoins sont nombreux, un seul a été affecté à la zone Covid, ce qui oblige à agir en amont. « On essaie de ne pas en arriver au stade du respirateur, soupire le directeur. On se débrouille en utilisant les bonbonnes d’oxygène et les extracteurs aussi longtemps que la santé des patients le permet. » Parfois ça ne suffit pas. Ici, six décès ont été constatés. Deux malades arrivés déjà morts et quatre qui ont perdu la vie vingt-quatre heures après leur admission.

La situation serait plus difficile dans d’autres établissements de la ville. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux au début du mois, plusieurs patients d’un autre hôpital, celui du Cinquantenaire, se plaignaient de se retrouver enfermés dans leur chambre sans aucun suivi médical. Un autre affirmait que les équipes de l’hôpital attendaient parfois plusieurs heures avant d’évacuer les morts.

Tournée des hôpitaux du président

Face à la polémique, le président Tshisekedi a effectué une tournée des hôpitaux le 9 mai, promettant des moyens supplémentaires, alors que le nombre de malades a désormais passé la barre des 1 400 cas confirmés. Aux Cliniques universitaires, le scepticisme règne. « Le gouvernement nous a promis des respirateurs, des masques FFP2, mais on attend toujours, et on sait qu’il y a beaucoup de ruptures de stock », admet le médecin Makulo.

A ces défis matériels s’ajoutent les fausses informations qui circulent. Enoch Matondo, un journaliste de Radio Okapi, qui a préféré l’hospitalisation aux Cliniques universitaires plutôt que la quarantaine à la maison pour suivre son traitement, a reçu des dizaines d’appels de ses amis : « Ils me disaient que la maladie n’existait pas, de ne pas prendre le traitement, que c’était dangereux. » L’hôpital fait venir des psychologues pour aider les médecins à faire entendre raison aux malades qui restent dans le déni en dépit des symptômes. Beaucoup se plaignent d’être « privés de liberté » et demandent à quitter l’hôpital avant la fin de leur traitement.

Alors, pour rendre leur quotidien moins difficile, les visites de proches ont été autorisées sous conditions. A l’extérieur du bâtiment, une grande femme en robe colorée discute avec son mari à travers une vitre en Plexiglas et une moustiquaire. Comme l’infirmier le lui a demandé, elle reste à deux mètres de la fenêtre. Son époux, un policier d’une cinquantaine d’années, est hospitalisé depuis dix-huit jours.

Enoch le journaliste, qui se dit correctement pris en charge, s’inquiète toutefois que les patients en voie de guérison installés dans la même zone que les autres malades et redoute « une recontamination ». A l’étage, 40 lits supplémentaires sont en train d’être réaffectés aux malades du nouveau coronavirus pour pouvoir améliorer l’organisation. Enfin, une fois que le matériel promis sera livré.