8 October 2019

Levée des sanctions contre des dignitaires congolais : L’Union européenne dit oui, les Usa s’opposent

Dans la fièvre des tensions préélectorales de 2018, certains dignitaires du régime Kabila ont subi des sanctions de l’Union européenne et des Etats-Unis. Avec l’alternance pacifique de janvier 2019, ils ont trouvé un avocat, en la personne du chef de l’Etat Félix Tshisekedi, qui plaide désormais pour la levée de ces sanctions. Si certains pays de l’Union européenne ne s’y opposent pas, les Etats-Unis, par contre, ne l’entendent pas de cette oreille.

Depuis la passation de pouvoir, dit « civilisé et pacifique » du pouvoir, entre Félix Tshisekedi, président élu au terme de la présidentielle, et le sortant Joseph Kabila, des dignitaires de l’ancien régime ploient toujours sous le poids des sanctions de l’Union européenne et des Etats-Unis.

Une situation qui commence à gêner le chef de l’Etat Félix Tshisekedi, en coalition avec la plateforme politique de Joseph Kabila, le FCC, où se recrutent des dignitaires sanctionnés. Le président de la République craint que cette situation n’entame ses bons rapports avec ses nouveaux alliés du FCC.

Depuis un temps, il s’est donc résolu à mener une campagne aussi bien auprès de l’UE que des Etats-Unis pour la levée de ces sanctions. Si à Bruxelles, capitale de l’Europe, on accorde une oreille attentive à la demande de Félix Tshisekedi, Washington ne s’inscrit cependant pas dans cette logique.

Washington se met à l’écart

Reçu par Félix Tshisekedi lors de son dernier voyage aux Etats-Unis, Peter Pham, envoyé spécial des Etats-Unis dans la région des Grands Lacs, n’avait pas fait dans la dentelle. « Nos sanctions ne sont pas liées à l’élection ou aux résultats des élections. Nos sanctions sont liées à des perturbations des droits humains, à la corruption et à l’ingérence dans le processus électoral bien avant l’élection de 2018 », avait-il indiqué, au sortir des échanges avec le chef de l’Etat.

Selon lui, « les sanctions, c’était pour aider le peuple congolais qui a exprimé la volonté pour le changement. Les sanctionnés sont des personnes qui ont commis des violations des droits humains, la corruption, l’ingérence dans le processus électoral ».

Plutôt que de plaider pour la levée des sanctions, Peter Pham avait fait remarquer que Washington attend plutôt voir la justice congolaise se saisir des griefs retenus contre les personnalités sanctionnées en ouvrant une action judicaire.

« L’administration Trump pourrait revenir sur ses décisions, notamment si la justice congolaise se saisissait du dossier (…). Les États-Unis se disent d’ailleurs prêts à fournir des éléments aux magistrats congolais », avait indiqué le diplomate américain.

Kinshasa accentue le lobbying

Dans quelques semaines, l’Union européenne doit décider de renouveler les mécanismes engagés contre une quinzaine de personnalités congolaises. Lorsqu’il s’est rendu à Bruxelles, le président Tshisekedi a demandé à ce qu’elles soient assouplies. Certains États européens plaident dans le même sens, mais des ONG mettent en garde contre l’impunité.

Au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, le nouveau ministre congolais des Droits humains, proche de Lambert Mende, lui-même sous sanctions, a tenté de mener dernièrement un lobbying pour dissuader l’instance de régulation des Nations unies.

S’appuyant sur les acquis de l’alternance démocratique, effective depuis le 24 janvier 2019, le ministre congolais des Droits humains note que « rien n’aurait pu être envisagé sans la demande effective de Félix Tshisekedi qui, ces derniers mois, ne s’est pas lui-même prononcé, créant une certaine ambiguïté».

En Europe, la levée des sanctions contre ders dignitaires du régime Kabila est très avancée. Bruxelles n’y trouverait pas d’inconvénients. Par contre, à Washington, la démarche ne serait pas à l’ordre du jour.

Huit kabilistes sur la liste de premiers bénéficiaires

Colère des activistes des droits de l’Homme qui s’opposent farouchement à l’option en voie d’être adoptée par l’Union européenne concernant la levée des sanctions prises contre huit personnalités du régime Kabila.

« Ces personnalités ont été sanctionnées pour les entraves au processus électoral qui aurait dû s’organiser en 2016 mais qui n’avait abouti que le 30 décembre 2018, soit deux années après », clame un activiste des droits de l’Homme, joint par notre rédaction. Pendant cette période, au moins 15 personnes ont été tuées par les forces de sécurité dans les répressions des marches à l’appel du Comité laïc de coordination CLC. Ces marches qui exigeaient le départ de l’ancien président Joseph Kabila visaient également d’obtenir l’organisation des élections particulièrement la présidentielle.

A l’invitation du président Félix-Antoine Tshisekedi, des sources diplomatiques rapportent que de potentiels bénéficiaires de cette mesure de grâce sont, entre autres, Evariste Boshab, Alex Kande, Lambert Mende, Emmanuel Shadary, Jean-Claude Kazembe, Kalev Mutond, Célestin Kanyama et Alexis Thambwe Mwamba, actuel président du Sénat.

Sur place à Kinshasa, tout comme à travers le monde, des Ongs de défense des droits de l’Homme se mobilisent pour contrecarrer l’initiative qui se met déjà en place au sein de l’Union européenne.

« L’impunité est l’une des principales causes de l’état de faillite dans lequel se trouve notre pays. Il n’y aura jamais de paix et de stabilité sans Justice », a fait comprendre l’un des activistes du collectif d’Ongs créé à cette occasion.

La Société civile congolaise n’agit pas en accord avec l’UE qui tient à laver de tout soupçon les personnalités sanctionnées.

« Toutes les personnes reprises sur les différentes listes des sanctions l’ont été sur base de leur implication directe à des actes ayant violé les droits de l’Homme, le détournement des ressources publiques, la corruption, etc. Il serait donc incompréhensible qu’elles soient retirées sans qu’il y ait au strict minimum l’ouverture des dossiers judiciaires en bonne et due forme. Agir autrement souillerait la mémoire de nombreuses victimes », a tempêté Flory Anzuluni du mouvement citoyen Filimbi.